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Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /2010 12:02
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Edito

Moments magiques
Recevoir un écrivain est une pratique courante dans les librairies. Mais savez-vous que dans les collèges aussi, des rencontres s’organisent régulièrement.
Pourquoi ? Tout simplement pour motiver les élèves, leur faire toucher du doigt que la littérature, c’est la vie.
Au fait, les auteurs, quels propos tiennent-ils aux collégiens ?
A tout seigneur tout honneur, laissons la parole à Pierre Bottero, génial auteur de romans fantastiques plébiscités par les collégiens et leurs parents, décédé dans un accident il y a à peine quelques semaines.
« Ecrire c’est de la liberté, j’écris avec de l’émotion, celle que je vous vole est très importante. Je vous parle et en même temps je vous pirate. En vous regardant, je pourrais savoir qui écrit et qui n’écrit pas. Quand j’étais en sixième, je rêvais que j’avais le pouvoir de changer le monde, et un jour j’ai commencé à écrire. Le public jeunesse est un public vrai, honnête. »
Paroles d’élèves, glanées dans les courriers qu’ils adressent, plus tard, à l’auteur.
A l’attention de Marie-Sabine Roger :
« Nous avons lu en classe les textes qui vous ont émue et influencée. Merci d’avoir été si vraie, si simple et de nous avoir ouvert le chemin de l’écriture. »
Qui à son tour répond : « merci pour votre respect attentif, pour l’intelligence de vos questions, la qualité de votre écoute. Dites-vous bien que vous m’enrichissez, que c’est un vrai bonheur et une grande chance pour moi de vivre des instants aussi chaleureux. »
A l’attention de Marie-Aude Murail :
« J’ai réalisé que les auteurs sont en général des gens timides qui se cachent derrière leurs livres ».
« J’ai compris ce jour-là que pour être écrivain, il faut aimer raconter, écrire, et surtout qu’il faut se servir de ses propres expériences ».
« Après sa visite, ses livres n’ont plus le même sens à mes yeux, on voit les personnages, l’histoire, les lieux autrement. J’ai ressenti l’énergie qu’elle nous donnait. C’est une femme souriante, pleine de vie qui partage sa passion de l’écriture, cela m’a vraiment donné envie de lire ».
Faisons le pari que ces rencontres aident les jeunes à grandir et à se construire. Et continuons à partager ces moments magiques.
Geneviève Ravex


À demi-mots


Les aubes écarlates. Sankofa cry
Léonora Miano, éd. Plon
18,90 €

Immersion au cœur de la tragédie de l'Afrique Subsaharienne, élément central de la trilogie : la Suite africaine (L'intérieur de la nuit, Contours du jour qui vient).
Le travail de mémoire autour de ceux qui ont péri en mer lors du commerce triangulaire est le fil conducteur du roman. Que sont devenus ces morts ? Ni des Caribéens, ni des Afro-américains, ils errent, sans lieux de mémoire, sans monuments.
Dans un pays imaginaire aux mains de rebelles qui mènent une révolution sanguinaire, de jeunes garçons sont enlevés, endoctrinés pour devenir des soldats et poussés à commettre des exactions contre leurs frères. Tragédie ensorcelante à plusieurs voix : Ayané, ouverte vers l'extérieur, qui recueille le témoignage d'Epa, enlevé, traumatisé par la sauvagerie de ses actes. Epupa, médiatrice, qui ouvre des passages entre les vivants et les morts. Yé doyenne du village, qui connaît l'histoire de son peuple et la cache …
Il ne faut pas craindre la violence de certaines scènes et avancer dans ce texte captivant, car cette histoire ne concerne pas seulement les Africains et leur diaspora, mais tout le monde : « Les exhalaisons des transbordés sont l'air que nous respirons, nous tous, tant que nous ne leur avons pas fait droit. »
À méditer !
Ch. G.

Le Week-end
Bernhard Schlink, éd. Gallimard
17,90 €
Après vingt années, Jôrg, ancien terroriste de la Fraction Armée Rouge, sort de prison, gracié par le Président de la République Allemande. Pour ses premiers jours de liberté, sa sœur Christiane organise un week-end dans sa maison à la campagne et y invite tous les anciens amis de cette période voulue comme révolutionnaire.
C’est au cours de ces trois jours que chacun revisitera son passé, tentera d’expliquer rêves et trahisons, où tous les amis d’hier, désormais dans des vies bien tranquilles  essaieront de se dédouaner de la violence ancienne et des compromissions d’aujourd’hui. Dans ce huis clos dramatique resurgissent les questions essentielles sur cette époque troublée et les leçons à en tirer. Faut-il renier son passé parce que l’Histoire a prouvé que l’on s’était fourvoyé ?  L’amitié peut-elle continuer à exister lorsque, justement, elle s’était construite sur des idéaux de violence ?
Dans ce roman subtil qui évoque les années noires du terrorisme, avec un style vif et fluide, l’auteur nous parle aussi de l’amitié et de la filiation, de la nostalgie pour les années de jeunesse et de l’amour, c'est-à-dire de la vie même.
D. B.

Le cœur glacé    
Almudena Grandes, éd. Jean-Claude Lattès
25 €
Magnifiquement traduit de l’espagnol par Marianne Million, Le cœur glacé se place parmi les romans dont l’on voudrait ne jamais tourner la dernière page. Saga familiale et morceau d’Histoire digne de Guerre et Paix, l’histoire d’Alvaro et de Raquel est de celles qui nous bouleversent parce qu’inscrite dans des choix perpétrés et leurs séquelles sur plusieurs générations. Il s’agit bien sûr de la guerre d’Espagne.
Plaie jamais refermée, longue période d’injustices et d’atrocités enfouies dans un faux oubli, la guerre civile  et les décennies de franquisme qui ont suivi nous sont ici contées avec une écriture d’une grande qualité d’émotion et de tragique.
La relation passionnelle et imprévue qui anime Alvaro et Raquel, venus de familles que la guerre oppose et réunit à la fois, est le centre autour duquel vont se dérouler les histoires de leurs ascendants, républicains ou franquistes, exilés ou profiteurs. Et à travers ces histoires, vont se révéler ceux qui savaient mais ne parlaient pas, ceux qui veulent savoir au risque de voir tout s’écrouler autour d’eux et ceux qui préfèrent ne pas savoir. Mais, que l’on choisisse d’ignorer ou de savoir, le résultat sera que l’Espagne, l’une des deux, vous glacera le cœur.
B. A.

Le recours aux forêts.
La tentation de Démocrite
Michel Onfray, éd. Galilée
14 €
Dans ses essais le philosophe Michel Onfray nous avait plutôt habitués à faire une ode à l’épicurisme et à un certain hédonisme.
On est de ce fait un peu étonné par le thème qu’il choisit dans son tout dernier livre : Le recours aux forêts, la tentation de Démocrite.  C’est en effet ce philosophe de la Grèce antique qui après avoir parcouru le monde, revient déçu par la vilénie des hommes et décide de construire une cabane au fond de son jardin pour s’y retirer et finir en sage.
Michel Onfray est lui aussi tenté par ce mouvement de repli face à ce monde qu’il trouve à beaucoup de points de vue détestable.
Dans son livre, écrit sous la forme d’un poème, il fait l’inventaire de toutes les souffrances que l’homme inflige à d’autres hommes et ce, sans espoir de changement et décide de revenir à l’essentiel. Il écrit alors un hymne à la terre, aux racines, aux rythmes des saisons qui ponctuent le temps et nous aident à trouver plus de sérénité et à mieux accepter l’idée de mourir.
En peu de mots, dans un style magnifique, Michel Onfray nous donne à réfléchir et nous rend plus heureux.
H. B.

La trilogie de Signe
Kestin Thorvall, éd. Le Serpent à Plumes
T1 21,50 € — T2 21,50 €  — T3 21,50 €
Cette histoire à trois temps nous embarque dans le destin de ces deux femmes sur une grande partie du siècle. Hilma, la mère tout juste sortie de sa campagne, élevée dans la religion et la tradition, s’émancipe grâce à son intelligence en devenant institutrice. Mais sa rencontre avec Siegfried, fils de pasteur aux prises avec de graves crises de violence vont la rendre prisonnière à jamais. C’est donc à l’abri des hommes et dans une inquiétude constante qu'elle élève seule sa fille Signe, après la mort précoce de son mari.  Signe révèle toute petite une passion et un grand talent pour les dessins de mode. Afin de l’éloigner d’un premier amour, sa mère l’envoie en formation à Paris où la jeune fille se fera remarquer. À son retour en Suède, contre le désir de sa mère, elle épouse son premier amour. Aux prises avec de fortes crises d’angoisse, elle assume douloureusement son rôle d’épouse et de mère. Seule son activité créatrice dans le domaine de la mode puis de la peinture parvient à l’apaiser. Mais pour renaître à elle-même il va lui falloir aller encore plus loin dans sa liberté. Ce livre est un hymne à la femme, sa liberté dans un milieu hostile, peu enclin à accueillir une femme artiste. Une belle vision de la Suède et son côté avant-gardiste sur la place des femmes dans la société. Un regard aussi sur la psychiatrie et le lien entre souffrance psychique et force créatrice.
J.B.

Les heures souterraines
Delphine de Vigan, éd. Jean-Claude Lattès
17 €
Attention : ne pas enfermer trop vite ce roman dans la rubrique « harcèlement au travail ». Cependant, comment pourrait-on qualifier l’attitude de Jacques, Directeur Marketing d’une grande société, vis-à-vis de Mathilde ? Hier encore elle était sa collaboratrice indispensable et c’est sans bruit qu’elle est progressivement dépossédée, déplacée, gommée. Au hasard des phrases, la souffrance est révélée sans que D. De Vigan ne force pour autant le trait. Les heures souterraines sont les minutes conjuguées de deux solitudes, Mathilde et Thibault, tandis que les rues fourmillent, que les métros se succèdent. Une succession de secondes qui entrainent des heures et des heurts, des micro-coupures invisibles aux yeux mais qui perforent les cœurs et les corps.  En filigrane, Paris, à la fois ville de lumières et de ténèbres où les intersections multiples ne permettent pas forcément la rencontre. Ici des violences « hors champ » s’affrontent à un quotidien banal, dans lequel la roue continue de tourner inexorablement « comme le bas des robes à fleur ».
Le non frottement de ces deux vies peut-elle provoquer une étincelle ?
M. A. et Y. B.

Apnées       
Antoine Choplin, éd. La fosse aux ours
14 €
Merveilleux temps de pause imprévu et inventif que nous propose Antoine Choplin dans cette histoire à la fois  nostalgique et optimiste.
Le narrateur tombe en panne de voiture à Plan-les-Ouattes et doit laisser son véhicule quelques heures dans un garage. Plongeur en apnée et intéressé par la lexicographie (ce qui nous vaudra une plongée dans le dictionnaire), il va nous mener dans une traversée linguistique et respirante, à la suite d’une femme dont il décide de faire son fil conducteur pour faire connaissance avec cette ville inconnue de lui.
Mais inconnue d’elle ? Rien de moins sûr en apparence… Au plaisir de la marche au hasard, ponctuées de haltes culturelles, occasions d’interrogations sur cette femme, va se substituer un intérêt de plus en plus grand pour sa personnalité. La rencontre fortuite se transforme en réel désir de connaître. L’errance devient recherche de contact, jusqu’à… la conclusion de l’histoire !
B. A.

Le testament caché 
Sébastian Barry, éd. Joëlle Losfeld
24 €
Roseanne est internée dans un hôpital psychiatrique depuis 50 ans... Elle a 100 ans et toute sa tête. Elle est seule depuis tout ce temps. L’hôpital vétuste va bientôt fermer, le docteur Grene fait le tour de ses patients pour les évaluer. Il connaît et apprécie Roseanne, il va devoir fouiller dans son passé et retrouver son dossier, ce qui ne sera pas chose aisée …une partie perdue, une autre devenue si fragile au fil du temps. Il finira par tout reconstituer avec l’aide
de personnes qui ont connu l’histoire de Roseanne. La fin nous dévoilera un lourd secret. Roseanne écrit son journal secret dans lequel elle retrace sa vie ses souvenirs ses pensées. À travers son histoire c’est aussi celle de l’Irlande, la guerre civile, la pression sociale, l’église et le Père Gaunt qui ne lui laisseront aucune chance et feront tout pour son internement. C’est un roman émouvant, captivant, on s’attache aux personnages et on a dû mal à les quitter.
M.-N. C.

Eclats d’enfance
Marie Sizun, éd. Arléa
16 €
Après Le père de la petite et La femme de l’allemand
Marie Sizun nous révèle son passé d’enfant... Souvent le même rêve revient : elle arrive à l’entrée de son immeuble et se
réveille car elle ne peut aller plus loin tant l’émotion est forte.
Un jour que Paris est embouteillé, elle se retrouve par hasard dans son quartier « Belleville », son regard frôle juste des endroits qu’elle reconnaît. Elle ne s’attardera pas plus mais cela suffira pour faire remonter les images. Chaque rue révèle ses souvenirs qu’elle va nous livrer en contournant le quartier mais en évitant son immeuble. Souvenirs avec sa mère, une femme absente et fragile, un père qui revient de la guerre et qui va de nouveau les abandonner, un petit frère qui nait… Elle se souvient de la couleur de certains immeubles, des petits commerçants -les gentils et les méchants-, de son école de l’entrée au lycée. Tout un périple au travers duquel elle nous parle de son passé par petits éclats. L’écriture de Marie Sizun est simple et pleine de délicatesse. C’est un très beau  livre qui semble plus serein que les précédents, comme si en l’écrivant elle s’était débarrassée d’un  lourd fardeau. 
M.-N. C

La vérité sur Marie
Jean-Philippe Toussaint, éd. Minuit
14,50 €
Le narrateur et Marie se sont séparés depuis quelques mois. Marie a une relation avec un autre homme qui est foudroyé par une crise cardiaque lors d’une nuit d’été en plein orage dans Paris. Dans la panique elle appelle le narrateur qui arrive immédiatement sur les lieux. Leurs  retrouvailles vont permettre à l’auteur, par un subtil aller-retour entre présent et passé, de nous plonger dans les méandres romanesques de la vie de Marie. Son séjour au Japon donne lieu à une scène d’anthologie par la description minutieuse et très visuelle de l’embarquement rocambolesque d’un cheval pur-sang, propriété du nouveau compagnon de Marie, sur le tarmac de l’aéroport de Narita de nuit, sous des trombes d’eau et un ciel de ténèbres zébré d’éclairs. Puis le narrateur va rejoindre Marie à l’Ile d’Elbe où par une nuit folle un incendie décimera un centre équestre.
Les éléments déchainés, la nuit, l’amour impossible avec Marie, sources d’angoisse et de mort sont les thèmes récurrents de l’auteur que l’on retrouve dans ses deux précédents romans : Faire l’amour et Fuir. La Vérité sur Marie s’inscrit dans ce prolongement. Malgré une forte résonnance entre les trois livres, chaque roman peut se lire indépendamment les uns des autres et à chaque fois le lecteur se trouve emporté par une énergie époustouflante dans l’univers singulier de Jean-Philippe Toussaint.
F. D.


Autres plaisirs

Et que le vaste monde poursuive sa course folle
Colum McCann, éd. Belfond — 22 €
Photo intemporelle d'un fil tendu entre deux tours de Manhattan durant l'été 1974, un funambule est en équilibre au-dessus d'un monde chaotique où plusieurs destinées vont se croiser, se percuter. Entre Irlande natale et Amérique d'adoption, les figures brossées reflètent la complexité d'un monde métissé, coloré, patchwork de violences et de tendresses.

Rue Marengon
Christophe Mileschi, éd. Castells — 18 €
La rue Marengon, c’est la rue des prostituées. Le narrateur y passe tous les jours, il connaît toutes les femmes ou presque, aime parler avec elles, sauf un jour dans la semaine : celui où il a réuni la somme nécessaire. Il ne parle plus, il cherche une femme. Une belle écriture pour raconter une vie, pour parler d’un monde fermé.

La Délicatesse
David Foenkinos, éd. Gallimard — 16 €
Un roman d’amour où tout serait parfait comme le début de ce livre, Nathalie et François se rencontrent, superbe couple, superbe histoire. François meurt. Nathalie se débat et continue de vivre. Plus tard quelqu’un entre dans sa vie et perturbe  ses repères. Ecrit avec beaucoup d’humour...

La légende de nos pères
Sorj Chalandon, éd. Grasset — 17 €
Biographe privé, le narrateur est amené à écrire la vie d'un vieil homme, ancien résistant tout comme son propre père. Il espère combler le silence de ce dernier en transcrivant les faits héroïques de son client. Une histoire sobre et émouvante,
une réflexion sur la vérité, les légendes, la parole des pères.

Discours sur le bonheur
Madame Du châtelet, éd. Rivages Poche — 7,35 €
Ecrit dans la première moitié du XVIII ème siècle par celle qui fut l'amante de Voltaire, ce texte se déguste comme un « petit bonheur ». Sans autre ambition que de s'exprimer librement, l'auteur étonne par la modernité de sa pensée. À méditer même si notre espace de liberté a grandi : « pour être heureux il faut d’abord être décidé à ce que l’on veut être ».

Quand Dieu dansait le tango
Laura Pariani, éd. Flammarion, trad. D. Vittoz — 21 €
Seize portraits de femme, depuis 1898 jusqu'à nos jours. Tout commence quand Antonio Majna quitte l'Italie pour l'Argentine, en quête d'une vie meilleure. Il laisse sa femme et sa fille, refonde une autre famille, tissant ainsi des liens entre les deux continents, entre des destins aux prises avec l'émigration, la dictature militaire et le retour au pays.



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