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Le journal de Rives et Dérives









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Mercredi 27 mai 2009 3 27 /05 /Mai /2009 15:48
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Edito


EDITO pour D. qui ne le lira pas.

A un moment particulier sur le chemin de la vie, on découvre un auteur: On entre dans la librairie, incertain, on a envie de lire et on ne sait pas quoi, on est épuisé par ces livres qui tombent des mains au bout du deuxième chapitre, par ces auteurs qui trouvent formidablement passionnant de nous entretenir de leur intimité, par des textes écrits à la manière de l’annuaire du téléphone , et à cet instant particulier on découvre un auteur, la couverture qui attire le regard, l’éditeur qui a déjà publié des ouvrages appréciés, quelque chose dans l’air qu’on ne saurait dire. On lit la quatrième de couverture, on le feuillette, quelques phrases du début, un peu la fin, pas trop quand même et voilà ! C’est lui, on l’achète.
Cet auteur là, on n’en a jamais entendu parler, il y a quelque chose de vaguement familier dans son nom, alors au crépuscule ou en pleine journée, jour de pluie ou de neige, dans un train peut-être, on lit ces mots là, on reprend dix fois les mêmes  phrases pour les faire siennes, les éprouver : quelqu’un écrit l’enfance et les songes, l’inconstance des désirs, le bonheur des rencontres et la magie du monde, le sombre de nous-mêmes, d’une écriture qui nous émeut et qui ne nous quitte pas une fois le livre refermé.
Et puis existent d’autres livres de cet auteur, alors après s’être précipité maintes fois chez le libraire pour les précédents, on scrute les pages littéraires des journaux dans la quête du prochain, jamais rassasié.
Un jour d’hiver, on apprend que l’auteur, peut-être, n’écrira plus. A travers son dernier roman on tente de saisir les prémices de l’abandon de ses espoirs,
Par quel voyage s’en serait-il allé ? Quelle fatigue l’aurait-t-il soudain saisi ?
Moi, sa lectrice, je resterais ainsi dans la tristesse et le regret ?

 Dans la bibliothèque, bien rangés tous les livres, et devant, le dernier avec l’oiseau sur la couverture qui semble s’envoler, comme un présage.

Et puis, comme un bonheur, après la peur, le message qu’un jour, à nouveau, l’oiseau palpitant retrouvera son chemin, un jour peut-être…

Dominique Bellanger


À demi-mots


Est-ce ainsi que les femmes meurent ?
Didier Decoin, éd. Grasset
17,90 €
Elle s'appelait Kitty Genovese, elle avait 24 ans. En quittant son travail de barmaid cette nuit là, dans le quartier du Queens à NewYork, elle ne savait pas qu'un aigle noir, au volant de sa corvair blanche, allait fondre sur elle et la tuer sauvagement de plusieurs coups de couteau. Dans le journal le lendemain, sa mort était signalée par un petit entrefilet « une habitante du quartier meurt poignardée devant chez elle » A travers son récit poignant, Didier Decoin redonne vie à cette jeune femme drôle et jolie et la sort pour un moment de l'anonymat. Mais au delà de ce destin brisé qui nous bouleverse, cette histoire nous dérange, nous questionne sur nous-mêmes et sur la lâcheté humaine, lorsque nous apprenons que trente-huit personnes ont vu, entendu, assisté à ce drame de derrière leurs fenêtres et que personne n'a fait quelque chose pour lui porter secours. Lorsqu'une petite voisine courageuse intervient, il est trop tard, Kitty est morte, seule dans la nuit, le froid et l'indifférence. Longtemps après la fin de la lecture, d'autres drames humains passés et actuels nous font nous poser la question lancinante, qu'aurais-je fait ? Où que fais-je?
H. B.

La porte des Enfers
Laurent Gaudé, éd. Actes Sud  
19,50
A Naples, Guliana et Mattéo voient leur univers basculer. Un coup de feu mafieux les privent de Filippo, leur petit garçon de six ans, alors, petit à petit, la douleur les sépare : Guliana éperdue de chagrin, guettée par la folie, disparaît ; Mattéo sombre dans la solitude et erre la nuit dans la ville à bord de son taxi. Il rencontre un client étrange qui, pour paiement de la course, l’invite dans un café ; il y fait la connaissance de curieux personnages. L’un d’entre eux lui enseigne la porosité du monde entre les vivants et les morts et lui assure que par une porte dérobée de la ville il pourra accéder aux Enfers et peut-être ramener son fils…
C’est un roman des ténèbres : désespoir des parents endeuillés, nuit perpétuelle sur Naples lors des interminables trajets de Mattéo dans son taxi toujours vide, noirceur de la ville, et bien sûr, les ténèbres des Enfers où l’auteur interroge les Mythes qui fondent nos croyances.
L’humanité lumineuse des personnages qui, chacun à leur manière, accompagnent
Mattéo dans sa quête, éclaire ce livre ; l’écriture talentueuse de l’auteur traite avec
bonheur ce sujet périlleux de la vie et de la mort et, pourtant, ne laisse pas d’autre
alternative : aucun Paradis possible.
D.B.

Palermo solo
Fusaro Philippe, éd. La fosse aux ours
17 €
Voici le deuxième roman de cet auteur très intéressé par l’histoire de l’Italie. Le colosse d’argile, son premier livre, se situait dans la région du Frioul au Nord de l’Italie, en partie sous le régime fasciste.
Palermo solo est campé en Sicile. Poursuivi par les mafieux d’un clan adverse, le « Baron » vit reclus dans un hôtel de luxe palermitain durant 50ans.
Voilà une posture de l’exil cher à l’auteur ; en effet, nous retrouvons cette situation dans son précédent ouvrage. Ici l’exil est vécu dans un grand hôtel au cœur de Palerme, au sein de cette Sicile que le « Baron » n’a jamais quittée. L’observation de ce « prisonnier » dans sa cellule dorée hautement sécurisée nous apporte l’intérêt majeur du livre. D’une part le rituel du personnel de l’hôtel attaché à une très grande discrétion concernant  ce client particulier qui  ne ne sort jamais de sa chambre « de peur de rencontrer le visage de son ennemi », la mafia veille alentour ; d’autre part, la solitude, la dégradation de son corps, son désir de sensualité et de tendresse, le besoin de respirer sa chère Sicile, le porte vers un état de conscience qui atteint ses rêves les transformant en cauchemars.
De guerre lasse, un jour il entrouvre la porte de sa chambre, se trouve dans les couloirs de l'hôtel ; tel un fantôme il arpente les escaliers. IL veut vivre, redécouvrir tous les sens, l’échange, les autres. Voilà 10 ans qu’il vit cloîtré. Il a maintenant 40 ans, il fait ses premiers pas.
Y.B.

Un peuple en petit
Olivier Rohe, éd. Gallimard
16,90 €
Trois personnages dénommés l'un par le nom d'une ville, le second par une date et le troisième comme "personnage 2".
Trois récits que l'on croise tout au long du récit et qui jamais ne s'entrecroisent… Du moins dans les faits.
Pourtant, ces trois protagonistes ont une part commune : la quête de l'autre. Chacun tente une communication qui bien vite se trouve avorter, et se retrouve face à sa propre névrose bien personnelle et tout cela dans des lieux non définis comme se plait à les construire l’auteur.
Ne sachant vraiment où chacun va, Olivier Rohe nous entraîne encore une fois après Défaut d'origine et Terrain vague, dans un univers où l'étrange, voir l'absurde —Personnage 2— côtoie des vies bien ancrées dans le réel et englobant l’humanité tout entière.
Au gré d'une écriture parfois chahutée, alternant entre la drôlerie syntaxique, les mots de la guerre et la prose classique, Olivier Rohe confirme dans ce troisième roman un réel talent à découvrir si ce n'est encore le cas.
Y.M.

Au Zénith 
Duong Thu Huong, éd. Sabine Wespieser
29
C'est une fresque historique fabuleuse, dépaysante, riche des révélations liées à la fin tragique et méconnue du président Ho Chi Minh, tombé amoureux fou, a plus de 60 ans, d'une douce et belle jeune femme..
La construction d'une grande originalité s'articule autour de quatre narrateurs, et nous permet d'appréhender cette histoire sous différents points de vue. Celui du président qui passe les dernières années de sa vie isolé dans la montagne, méditant sur son passé, convoquant ses fantômes, regrettant de n'avoir pas su protéger sa famille par lâcheté et naïveté. Celui de son fidèle ami Vu, membre du parti, qui critique froidement les erreurs et cruautés de ce gouvernement. Celui d'un vieux bûcheron à la vie pittoresque, qui sait imposer à son village sa jeune épouse. Et enfin celui d'un homme, proche de la jeune femme du président, assoiffé de vengeance.
A travers ces personnages nous retrouvons la lutte pour des idéaux bafoués par un régime totalitaire et corrompu, la tragédie de la guerre, la misère du peuple, une analyse clairvoyante des sentiments amoureux et du mariage, l'amertume des hommes âgés, les parfums du Vietnam.
Après Terre des oublis qui l'a rendu célèbre en France, Duong Thu Huong nous régale d'une nouvelle œuvre romanesque.
Ch. G.

Paris-Brest
Tanguy Viel, éd. Minuit
14 €
Le narrateur revient à Brest, sa ville natale, pour les fêtes de Noël, longtemps après s’être enfui vers Paris pour écrire. Il a dans sa valise un livre où il a déposé la sordide histoire de sa famille dans laquelle rien n’a jamais pu être dit. Comment être l’enfant d’un père accusé publiquement de vol auprès du club de foot qu’il dirigeait, et d’une mère matérialiste, attachée aux apparences et incapable d’aimer ? Pour échapper au scandale provoqué par son mari, elle s’enfuit vers le Sud, laissant son fils, le narrateur, à sa propre mère devenue riche héritière. Chargé de veiller sur la fortune de sa grand-mère, il va commettre une double trahison vis-à-vis de celle-ci et de son ami.
Trahir, manipuler sa famille pour sauver la face, tel est le thème de ce roman noir où jusqu’au bout, malgré une tentative du narrateur de retour vers les siens pour dire la vérité, il est trahi par sa propre mère, qui refuse d’entendre pour retrouver son fils. Un livre bien écrit qui témoigne bien de la force des conventions dans un milieu familial où le plus important est de sauver les apparences.
J. B.

Melnitz
Charles Lewinsky, éd. Grasset
22,90
Une saga immense entre 1871 et la deuxième guerre Mondiale, où l’on suit la vie d’une famille yiddish en Suisse sur cinq générations. Melnitz, oncle revenu d’entre les morts, raconte comme un grand témoin de l’histoire. On se laisse prendre par cette famille et surtout on apprend la culture yiddish de l’intérieur où s’emmêle la rigidité des rites religieux, la chaleur de la famille, et un humour présent tout au long. En toile de fond, les guerres, depuis  la franco-prussienne jusqu’à la deuxième guerre mondiale. Au début, dans ce pays protégé qu’est la Suisse, on suit de loin ce qui se passe dans le monde et l’on voit l’ascension sociale d’une famille qui de métiers centrés sur la viande (marchands de bestiaux, boucher) au profit des familles juives pratiquantes, va se tourner progressivement vers le commerce. Puis l’ouverture au monde au moment de la guerre de 14-18, la montée du syndicalisme, la révolution industrielle, font éclater la famille dans le monde entier. Une beau regard sur une culture religieuse aux prises avec l’histoire, et une approche intéressante des tensions que génèrent l’évolution du monde et la confrontation des cultures entre elles, juste avant la montée du nazisme.
J. B.

La chambre aux échos   
Richard Powers, éd. Le cherche midi
23 €
Le cerveau, cet inconnu. La grande migration des grues du Canada. L’avidité humaine et ses conséquences sur la planète. Les conséquences du 11 septembre sur le comportement des habitants du Nebraska. Des relations familiales et amoureuses ravagées par l’accident subi par Mark Schluter… Ce sont tous ces thèmes auxquels nous convie le roman de Richard Powers.
Après la musique et la question raciale, magistralement contés dans « Le temps où nous chantions », nous voici plongés dans les méandres et les circonvolutions cérébrales. Après un grave accident de la route, Mark se retrouve à l’hôpital. Lorsqu’il sort du coma, il ne reconnaît pas sa sœur Karin accourue à son chevet. Non, il n’a pas perdu la mémoire, mais il est persuadé que celle qui dit être sa sœur n’est qu’un clone. Celle-ci fait alors appel à un célèbre neurologue qui est aussi un écrivain vulgarisateur. Autour de ces trois personnages, dont l’auteur nous dit les émotions et les pensées intimes, gravitent d’autres humains, tous affectés par cette situation insolite.
Ce roman complexe, parfois compliqué, tient en haleine jusqu’à la fin.
B. A.

Le père de la petite
La femme de l’allemand

Marie Sizun, éd. Arléa
8 et 17
Deux romans qui se ressemblent sans se ressembler. Dans le premier, la mère et la petite vivent seules, la grand-mère est très présente. Le père revient un jour de la guerre, l’enfant n’a plus la première place. Le changement est brutal et douloureux, elle perd ses repères, se renferme, écoute les conversations, les secrets, et assiste à la déchéance de la mère. Plus tard,  elle trouvera refuge auprès de ce père.
Le deuxième roman met en scène une enfant et une mère, et cette fois c’est la tante de la mère qui joue le troisième rôle. Un père absent ou un père imaginaire, un père allemand peut-être. La mère raconte à sa fille une histoire, la mère déraille, elle est malade,  une maladie maniaco-dépressive qui la rend fragile, qui fait peur à l’enfant. La tante prend le relais pendant les séjours à l’hôpital.
On retrouve dans ces deux romans l’absence du père, la relation symbiotique de la mère et l’enfant, la fragilité de la mère, la blessure de l’enfance, les secrets bien enfouis, la relation  familiale. Dans les deux textes, la narratrice c’est la « petite », qui analyse la vie avec beaucoup de recul.
L’écriture est  juste et sans débordements, sans fioriture.
M.-N. C.


Face aux ténèbres
William Styron, éd. Gallimard / Folio
5,50

Sous-titré "Chronique d'une folie" puisque c’est bien d’une maladie terriblement ravageante dont il s’agit,  la dépression de l’auteur, intimement vécue et brillamment décrite dans ce livre paru en 1990. D'abord les prémices, l’arrêt de la boisson, l’angoisse qui submerge bientôt le fil des jours et des nuits, la conscience graduelle puis fulgurante du mal, la patience infinie de l’épouse, les crises toujours plus indépassables, les tentations d’en finir et enfin les soins, tardifs mais régénérateurs d’une image de soi en miettes. De sa dégringolade abyssale dans les affres de la mélancolie à la lente remontée vers la lumière et vers la vie, l'auteur ne (se) cache rien, ses plus noires idées, ses efforts géniaux de compréhension, sa tolérance grandissante pour d'autres malades passant inaperçus et souffrant pourtant le pire. Un récit puissamment intelligent, limpide et subtil, qui traque la justesse et refuse les mots tièdes pour raconter l'enfer.
E. P.



Autres plaisirs

La mort de ma mère
Xavier Houssin, éd. Buchet-Chastel — 12 €
Récit émouvant d'un fils accompagnant les dernières heures de vie de sa mère.
Tendresse des souvenirs d'enfance évoqués, partage des promenades de bord de mer, questions sans réponses, douleur de cette séparation inéluctable. Tout est dit en peu de mots, dans les silences contenus dans le blanc des pages, dans le sifflement de la respiration qui s'éteint, dans cet amour unique qu'il lui porte.

La promesse
Hubert Mingarelli, éd. Du Seuil — 16,50 €
L’histoire d’une amitié entre deux marins apprentis mécanos, Fedia et Vassili. Fedia un matin part avec sa barque, en quête d’un lieu propice pour les cendres de Vassili. Il se remémore cette période de sa vie. La rivière est calme, comme l’ambiance, comme le deuil, comme le chagrin tout au long de cette quête.

Corniche Kennedy
Maylis de Kerangal, éd. Verticales — 15,50
L’immensité du ciel et de la mer comme décor, « les petits cons de la corniche » plongent de plus en plus haut, adolescents beaux et immortels, sous l’œil inquiet et inquisiteur du commissaire Sylvestre Opéra. Livre émouvant, tendre, rythme rapide en adéquation avec ces plongeons vertigineux, évoquant les tourments de la jeunesse et les conflits de générations.


Hiver arctique
Arnaldur Indridason, éd. Métailié / Noir — 19 €
Un formidable  auteur islandais, qui a créé le personnage du commissaire Erlendur, homme solitaire, dépressif, hanté par les disparitions. Dans la nuit glaciale de Rekjavik, Elias, un petit garçon d’origine thaïlandaise est retrouvé poignardé dans la neige. Crime raciste ? L’enquête de voisinage démarre lentement.

Contours du jour qui vient       
Léonora Miano, éd. Pocket — 6,50
Dans un pays d’Afrique à peine sorti d’une guerre civile meurtrière, Musango, une petite fille de 9 ans, est accusée par sa mère de porter malheur et jetée à la rue. Vendue comme esclave, elle va s’accrocher à la vie avec une ténacité et une intelligence aiguës. Un regard critique sur les superstitions de toute nature et ceux qui en font commerce.


Une voiture blanche
Annie Saumont, éd. Bleu autour — 1,50
Souvenir d'un moment "court et fort", lors des 30 ans de Dérive en octobre dernier : la lecture de cette nouvelle inédite par l'auteur en personne. Une histoire d’enfance, de dictées, de voitures, de drame jamais oublié et l’orthographe comme témoin. L'émotion surgit aussi vive à la relecture et la voix de l’auteur, ténue et percutante, résonne longtemps en nous…




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